La vie des choses

 

C'était une de ces journées grises où il va se mettre à neiger d'une minute à l'autre, et qu'il y a comme de l'électricité dans l'air... Tu peux presque l'entendre. Tu vois ? Et ce sac était là, en train de danser avec moi. Comme un enfant qui m'invitait à jouer avec lui, pendant quinze minutes. C'est là que j'ai compris qu'il y avait autre chose, au-delà de l'univers, plus loin que la vie... Et je sentais cette force incroyablement bienveillante qui me disait qu'il n'y avait aucune raison d'avoir peur, jamais...
Ricky Fitts, American Beauty (1)

Dans un contexte économique, social et culturel où la production matérielle est omniprésente, celle-ci peut devenir obsédante, excessive, envoutante, enivrante... si bien que les objets risquent à tout moment de se retrouver éphémères et de perdre leur potentiel symbolique. MOMENTA 2019 explorera le caractère, voire la personnalité, que revêt l'objet traduit par l'image. La 16e édition de la biennale présentera des artistes qui examinent la dimension métaphysique des choses, au-delà de la matière. La manifestation mettra ainsi en lumière les univers qui se construisent entre les individus et leur environnement, en se penchant sur diverses approches qu'adoptent les artistes envers les choses : compositions, constructions, utilisations inusitées d'objets abandonnés et sculptures involontaires, pour reprendre l'expression de Brassaï (2).

Les expositions reflèteront en quoi l'être humain est un mélange de sujet et d'objet, et comment l'un peut se transformer en l'autre. L'objet finit toujours par être marqué d'une empreinte, d'un souvenir ou d'une évocation qui lui confère une certaine subjectivité. Comme le remarque le philosophe Dominique Quessada : « L'objet nous fait signe, il nous appelle, il nous convoque. En fait, ce n'est pas tant nous qui regardons l'objet que lui qui nous regarde. » (3) À cet effet, le poids fonctionnel et psychologique de l'objet s'observe notamment dans des phénomènes comme le fétichisme et dans les études scientifiques sur la conscience de la matière.

La biennale s'articulera autour de divers axes thématiques. Les choses apparaitront comme des traces d'existence, des journaux intimes, des monuments à l'oubli. L'aspect surréel de l'objet, en tant que protagoniste d'un récit de l'absurde, sera envisagé. Le concept de "nature morte" sera problématisé au regard de la question de la mort de la nature, qui s'explique aujourd'hui par la crise environnementale mondiale. Un autre volet de la programmation portera sur l'importance culturelle de l'objet et ses potentialités en tant qu'icône, symbole ou extension d'un groupe social donné, où il acquiert parfois une signification poétique, mystique ou ésotérique. Il sera également question du corps chosifié et de l'objet qui, par des gestes humains assimilés, finit par prendre une dimension performative.

Une chose peut être la source d'une histoire et (re)donner vie, à son tour, à quelque chose dont l'existence est dispersée.

 


 

(1) Ricky Fitts, American Beauty, Sam Mendes, 1999.

(2) L'artiste Gyula Halász (1899-1984), dit Brassaï, appelait « sculptures involontaires » divers objets banals généralement mis en œuvre inconsciemment.

(3) Dominique Quessada, « Objets de non-consommation » , dans Le sens de l'objet, Paris, Hermès, 2017, p. 115.